(Québec) La vie avec un enfant autiste, c'est comme un parcours à obstacles qu'on effectuerait en grande partie dans l'obscurité. Pour Catherine Kozminski, sa fille Maëlle et le reste de la famille, un être a fait la différence entre des nuits blanches et de plus longues périodes de sommeil. Entre des crises épouvantables et des accalmies plus que bienvenues. Cet être, c'est une chienne du nom de Labelle.
«Mon mari et moi n'avons pas dormi pendant quatre ans.» La jeune mère de trois enfants ne prend pas de détours quand elle parle du combat quotidien de sa famille. Sa fille aînée, Maëlle, diagnostiquée à l'âge de trois ans, est atteinte d'un trouble envahissant du développement (TED) apparenté à l'autisme. «Elle faisait des crises tellement intenses que ça me prenait 24 heures pour m'en remettre. Je me retrouvais à fixer le mur et à me dire : ?Qu'est-ce qu'il faut faire??» raconte-t-elle.
Après le choc de l'annonce du diagnostic, la maman a remué ciel et terre pour venir en aide à sa fille. «J'étais une boule d'énergie, d'inquiétude et de colère.» Elle a été catapultée dans les dédales du système de santé et s'est vite heurtée à des listes d'attente interminables pour accéder aux spécialistes qui possédaient l'expertise pour améliorer le sort de Maëlle. Excédés par les délais, les parents se sont tournés vers le privé.
Puisque l'autisme comporte une multitude de troubles associés, il faut souvent intervenir sur plusieurs fronts à la fois : physiatre, physiothérapeute, neurologue, neuropédiatre, ergothérapeute, psychologue, orthophoniste, éducatrice spécialisée, nutritionniste, etc. En plus de la vie familiale avec deux autres enfants, «à un certain moment, j'avais 20 spécialistes à gérer toute seule. J'ai craqué. Je n'étais plus capable. J'étais au bord de la dépression».
Réconfort permanent
Au milieu de cette tempête, une amie a suggéré à Catherine d'appeler Mira. Elle y a trouvé une oreille attentive et un soutien qui lui faisait cruellement défaut. L'arrivée de Labelle dans la famille a eu un effet spectaculaire. C'est elle qui accompagne Maëlle dans son sommeil, qui calme ses crises, qui devient sa confidente, qui la fait sortir un peu de sa rigidité. «Maëlle est plus souriante. C'est un réel baume, un rayon de lumière», dit Catherine.
La présence du labernois a aussi bénéficié aux deux autres enfants, qui ont développé avec lui «une relation extraordinaire». Même la maman en profite. «C'est un réconfort permanent pour moi. Je vais marcher avec Labelle. Cela m'a forcé à me remettre en forme. C'est un gros toutou qui ne porte pas de jugement, qui nous prend comme on est.»
Labelle n'a pas sauvé Maëlle. «Elle complète le plan d'intervention. Elle amène un apport supplémentaire très bénéfique», nuance Catherine. «Ce n'est pas un chien magique! Il faut s'en occuper.» Mais elle est depuis deux ans un membre à part entière de la famille et personne ne songerait à s'en séparer.
L'idée a germé dans la tête du psychologue il y a environ six ans. Il a effectué une première recherche exploratoire en 2003, pour constater que l'arrivée de l'animal pouvait effectivement avoir des effets positifs. Encouragé, il a entrepris d'aller plus loin. Depuis 2006, une centaine de familles ont participé à une recherche d'envergure qui vise à mesurer les taux de stress avant et après l'arrivée du chien Mira dans la vie de l'enfant autiste.
Cette fois, deux groupes ont été formés. Un groupe d'environ 50 familles ayant accueilli un chien et un groupe témoin de 50 autres n'en ayant pas. Pour mesurer le stress, il a prélevé chez les enfants et chez un de leurs parents des échantillons de salive avant et après l'arrivée du toutou. Il en extraira le cortisol, une hormone révélatrice du niveau de stress.
Les résultats seront présentés à l'automne, mais, déjà, M. Champagne entrevoit des conclusions emballantes. La première recherche avait en effet dégagé certaines avancées intéressantes. Par exemple, mentionne-t-il, on a remarqué que la présence du chien améliore la qualité du sommeil chez les enfants TED, réduit les comportements de crise et facilite les périodes de transition et les sorties dans les endroits publics, souvent problématiques pour ces familles. Le chercheur espère, avec cette nouvelle recherche, appuyer solidement ces conclusions grâce à la méthode de mesure du cortisol et de comparaison entre le groupe expérimental et le groupe témoin.
Des améliorations que note aussi la psychologue Nathalie Poirier, qui se spécialise auprès des enfants autistes et qui a coécrit avec Catherine Kozminski le livre L'autisme, un jour à la fois. «Le chien peut devenir le meilleur ami de l'enfant et participer avec lui à des jeux simples. Il se développe un lien d'amitié, une affection. L'animal contribue aussi à augmenter son sens des responsabilités et à le stimuler s'il est plus réservé.»
Mais attention, avertit Noël Champagne, il ne suffit pas de se procurer un chien à l'animalerie pour espérer obtenir de tels résultats. «Les chiens que nous confions aux familles proviennent du troupeau de Mira et, dans nos processus de sélection des animaux, on cherche des animaux dénués d'agressivité, ayant une activité très réduite et des attirances minimes aux autres chiens et aux petits animaux.»
C'est le parent qui est le premier intervenant auprès du chien. Ainsi, le papa ou la maman est invité à passer une semaine complète au siège social de Mira pour faire connaissance avec l'animal que l'on a spécialement sélectionné pour la famille, en fonction de son style de vie et du comportement de l'enfant.
Ce programme s'adresse aux familles d'enfants âgés de plus de cinq ans. L'organisme offre aussi depuis peu de la formation aux parents de moins de cinq ans en analyse appliquée du comportement, pour les aider à intervenir auprès de leur enfant autiste, avec ou sans la présence d'un chien.
Info : www.mira.ca ou 450 795-3725
NATHALIE POIRIER et CATHERINE KOZMINSKI. L'autisme, un jour à la fois, Presses de l'Université Laval, Chronique